Le procès des intellectuels
« Jacques Prévert est un con».
La haine de Houellebecq pour la gauche
intellectuelle, qui est au sens littéral sa famille d'origine, s'exprime avec
une violence particulière qui n'a d'égale que son hostilité aux musulmans et aux
Arabes. Lisons les premières phrases de l'article qu'il a donné â la NRF en
avril 2002, sous le titre « Sortir du XXè siècle » :
« La littérature ne sert à rien. Si elle
servait à quelque chose, la racaille gauchiste qui a monopolisé le débat tour
au long du siècle n'aurait même pas pu exister. ce siècle, heureusement, vient
de s'achever; c'est le moment de revenir une dernière fois (on peut au moins
l'espérer) sur les méfaits des intellectuels de gauche. et
le mieux est sans doute d'évoquer les Possédés, paru en 1872, où leur idéologie
est déjà intégralement exposée, où ses méfaits et ses crimes sont déjà
clairement annoncés »
Dantec, lui aussi, se réfère aux Possédé dostoïevskiens, ces intellectuels
hallucinés par la toute-puissance de leur volonté diabolique de remettre les
compteurs de l'Histoire à zéro. Muray également,
qui a fait le procès des utopies dans son Dix-Neuvième siècle à travers les
liges, dans une veine nourrie de Bernanos
et de Dostoievski (25), Ce dernier est resté dans l'histoire comme le plus
implacable anatomiste de cette intelligentsia révolutionnaire dont il avait
lui-même fait partie. Il reste un modèle pour ceux qui identifient tout projet
émancipateur à l'imposture totalitaire. On petit dire que c'est sur ce terrain
que nos auteurs se rapprochent le plus de la vieille tradition, un peu
affaiblie, des polémistes d'extrême gauche on d'extrême droite, catholiques ou
libertaires, qui se sont fait une spécialité de l'invective contre les «
intellectuels ». Mais, même lorsqu'il se veut désobligeant, Houellebecq fait pâle figure à côté
d'un Bloy parlant de Zola comme d'un « histrion fangeux », « un purulent
imbécile », « un triton de la fosse d'aisances», ou à côté d'un Rebatet
traitant André Malraux de «sous-Barrès bolcheviste» ou encore d'un Léon Daudet
déchaîné contre les «Morticoles ». Même remarque lorsque Muray s'acharne sur
Jack Lang. La veine pamphlétaire n'est plus ce qu'elle était... Mais les
tropismes fondamentaux sont d'une remarquable constance.
2 3. M.
Houellebecq, Interventions, Paris, Flammarion. 1998. p. 12. 2i. W., «Sortir du XXè
siècle », NRF , avril 2002. p. 117.
.25. Ph. Muray le DixNeuvième travers âges. Paris, Denoel,
1983.